Voyage au Musée Schlumpf

L’été 1977, Emmanuel Maisonnet avait 10 ans et, au cours d’un séjour en Alsace que nous découvrions, nous tombâmes par hasard sur le musée à usage strictement privé des frères Schlumpf (filatures) récemment ouvert au public par les syndicats d’ouvriers licenciés qui avaient investi les lieux juste après le repli des propriétaires de l’autre côté de la frontière suisse. Outre la splendide collection d’automobiles, dont plusieurs « Bugatti royale », un souvenir marquant est la présence de trois salles pour accueillir les invités. Trois salles , oui, mais équipées différemment : la première pour les sans-dents, avec un mobilier de cantine scolaire en formica, la seconde un peu moins misérable et la troisième destinée aux nantis, véritable boîte de nuit de grand luxe drapée de velours rouges avec passementeries d’or et une scène pour un spectacle de music-hall. Edifiant pour les naïfs !

Trente ans plus tard, Emmanuel qui venait de quitter la base de Taverny – commandée par un officier général dont j’ai peine à retrouver le nom – était lieutenant-colonel, chef du soutien opérationnel sur la base de Colmar. Il habitait Blotzheim, au voisinage immédiat de la piste de l’aérodrome international franco suisse de Bâle-Mulhouse, dit « Euro airport » et c’est là que je posai Delta Echo le 30 août 2008 avec l’intention de revenir au désormais « Musée National de l’automobile » en compagnie de mes compères habituels : Michel Thomas, Jean-Christophe Vigne et Rowland Lance Towers . Delta Echo sur un aéroport international !!! Mais, me direz-vous, tu veux nous épater : pourquoi ne pas aller te poser à Mulhouse-Habsheim ? Simplement parce que cet aérodrome de sinistre mémoire était fermé ce jour-là pour cause de « journées portes ouvertes » à l’aéro-club ( logique implacable !)

Le 30 août, le temps était magnifique et le TAF sur LFSB annonçait que le brouillard sur la piste serait levé à dix heures locales. Oui, mais il ne l’était pas à 8h30 et, peu après notre décollage, Emmanuel téléphonait au club pour nous communiquer son propre METAR. Et ses réserves. Trop tard !
Mon intention était d’aller en Alsace au 55 mais avec une descente après Dôle pour repérer le cours de la Loue que nous suivrions à la recherche des salines royales d’Arc-et-Senans, ce qui fut réussi de justesse car, au voisinage de la Saône, nous fûmes contraints de naviguer « on top » sans aucune visibilité du sol pendant un bon quart d’heure, ce qui est long pour des experts comme nous (les fameux et très fréquents « nuages bas du val de Saône » chers à Evelyne Dhéliat). Heureusement la visibilité redevint enfin normale juste à temps et Michel, après ma descente brutale à 500ft/sol – hauteur autorisée par le règlement – put photographier la superbe architecture établie par Louis XV en ces contrées riches en sel. (Et immédiatement identifiée à mon exposition de photos-souvenirs par Bénédicte de Rousiers, en 2016 lors de mon pot des « 2000h » mais, me dit-elle modestement, « je n’ai aucun mérite car je suis native de l’Est de la France ».)

Voici enfin LFSB, à peu près dégagé des brumes, dont l’image sur la carte OACI ressemble, vous pouvez le noter, à un cercueil. Longue attente au dessus du château d’eau indiqué par le contrôleur pendant qu’atterrissent trois ou quatre gros porteurs, puis plongeon sur le seuil de la piste 16 pour ne pas trop retarder trois ou quatre autres boeing ou airbus à la queue leu-leu au point d’arrêt, sidérés de voir un DR400 en ces lieux. La taxe d’atterrissage sera à la hauteur de nos prétentions : près de cent euros, heureusement pris en charge par Rowland, sujet de Sa Majesté *. A ce prix, il est vrai, un véhicule vient nous cueillir au parking et nous conduit à l’aérogare d’où nous contemplons avec convoitise le « Lockeed Super Constellation » de Breitling qui roule vers la piste, chargé de ses trente-six passagers pour une balade locale traditionnelle en ces temps très anciens.

Déjeuner frugal à Blotzheim chez Emmanuel qui nous mène ensuite au musée où nous attend son officier adjoint, le capitaine Christophe Feugère, comme lui ancien pilote de Mirage F1 au « 1/30 » et aujourd’hui mécanicien bénévole en ces lieux. Nous avons donc droit à une visite privée haut de gamme car Christophe est un passionné, propriétaire de plusieurs véhicules de collection du début du 20ème siècle.
Au retour, je voyagerai confortablement assis en place arrière avec devant un équipage redoutable aux commandes : Michel nous posera à Chalons sur Saône enfin accessible en VFR où Jean-Christophe prendra les commandes pour le retour à Saint-Junien.


Photos : deux Bugatti, Salines d’Arc et Senans, les quatre héros du voyage dans la « Renault NC 10CV 1903 » , carrosserie double phaéton » réservée à cet usage, le guide Christophe Feugère en action. Michel et Jean-Christophe préparent notre vol retour. Au cours d’une autre visite, Christophe Feugère – moustache remarquable – nous permettra de visiter les ateliers et de nous asseoir, Paulette et moi, dans une « Bugatti Royale » type 41, retirée provisoirement de l’exposition pour être menée à Paris où elle allait participer à un défilé dans le parc de Bagatelle.
*A déduire, par conséquent, de ce que va nous coûter le brexit.

© Jean-Louis Maisonnet


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