1990 première navigation un peu lointaine : Salon de Provence

Le 6  mai 1990, il y a presque 30 ans, Emmanuel Maisonnet était élève en troisième année de l’Ecole de l’air et nous aurions bien aimé, sa mère et moi, aller lui rendre visite en avion à Salon de Provence. Oui,  mais cette navigation me paraissait un peu longue vu mon savoir-faire  à une époque – ceux d’aujourd’hui auront du mal à le croire – complètement dépourvue de GPS. Aussi avais-je demandé à deux présumés experts bien plus jeunes que moi, Camille et Nounours,  de m’accompagner de leur expérience. N’oublions pas que Philippe Mayence, surnommé à sa demande « nounours », nous arrivait de Provence justement,  avec un lourd passé de « rat d’aéro-club »,  continuellement fourré dans les avions et les ateliers de mécanique  de la Côte d’Azur et un talent affirmé de pilote qui faisait mon admiration.

                Inutile de préciser aussi que ma proposition ne laissait pas indifférents mes deux compères. Au passage, la réponse désabusée de Camille à mon invitation formulée le samedi :  « Salon de Prrrrovence,  tu dis ? Ah ! Quand même que je volerrrais pas demain ! ». (C’est à dire  « que je ne volerais pas demain avec mon PIK 30 », son moto-planeur récemment acquis à Issoire-Aviation et qu’il utilisait à peu près quotidiennement alors,  sa condition de coupeur de gants à domicile lui permettant d’organiser à sa guise ses horaires de travail.)

                Le lendemain matin, un dimanche,  à l’heure fixée pour le départ, je constate en arrivant au club que Philippe nous attend sur place mais qu’il n’a pas sorti le DR400 du hangar ce qui ne laisse pas d’être significatif : pas très rassurante non plus  la présence,  immédiatement au nord de la piste,  d’une barre noire à basse altitude. Et l’absence de Camille confirme qu’il a renoncé à venir en raison de cette météo approximative ( pas de TAF ni de METAR sur internet en ces temps très anciens, pas de prévisionniste au téléphone à Toulouse ). Seule prévision habituellement accessible sur le terrain, l’ « expertise » – comme on dit aujourd’hui – de papa Cheymol qui observe le ciel et déclare généralement : « ça va se lever ! » Mais bien sûr, il n’est pas là ce matin. Et il ne s’agit pas du classique aller et retour à La Rochelle pour une grande visite à Aéro Service Atlantique  : une heure de vol avec absence complète de tout relief.

                      Je prends donc la sage décision de renoncer lorsqu’arrive en ondulant et pétaradant la « 2CV » de Camille qui en sort endimanché : costume de velours bleu marine, chemise blanche, cravate rouge vif, et déclare en désignant l’orage imminent sur Brigueuil :   «  Salon de Prrrrovence, c’est pas là, c’est là !» Et il nous désigne en effet un cap sud-est,  non complètement exempt d’ailleurs de toute nébulosité.

Nous voilà embarqués mais je n’en mène pas large.

                      Travers LMG, alors que j’indique mes intentions au contrôleur de Limoges – pas de SIV en ce temps-là  mais des contrôleurs toujours très disposés à aider les pilotes d’aéro-clubs –  celui-ci m’invite à me poser pour monter voir la météo à la tour avant de confirmer notre intention car des orages sont annoncés pour le retour sur tout le parcours. C’est alors que je demande l’avis de mes deux intrépides, beaucoup moins craintifs que moi.  Réponse de Camille péremptoire :  « Garrrde ton cap ! ». C’est Nounours à qui je passe le micro – pas de casques évidemment en ces temps antédiluviens de l’aviation de plaisance – qui confirme sur ma demande notre décision de continuer.

                             Ce n’est pas compliqué : c’est tout droit, il suffit de traverser le Massif Central … Camille montre à Paulette les nuages tapis dans les vallées et lui annonce perfidement  que,  cet après-midi,  ils se transformeront en cunimbs ce qui ne la tracasse pas autant que moi, préoccupé surtout de découvrir le Rhône. Après quoi, ce sera facile car nous avons souvent visité les lieux au sol et nous saurons  reconnaître immédiatement du ciel les Baux de Provence à l’aspect si caractéristique, croyons-nous, et du haut desquels, je le sais, on voit parfaitement Salon et les installations de la BA 701. Sauf que, une fois le Rhône franchi, le paysage ressemble partout aux Baux de Provence et que je tourne en rond sans résultat avant que Philippe ne se décide enfin, sur ma demande – à la radio aussi il a beaucoup plus d’assurance que moi  – à appeler Istres pour utiliser cette merveille récemment installée sur Hôtel Tango : un transpondeur !

                        Accueil  réservé  du contrôleur militaire d’Istres  –  j’ai indûment pénétré sa CTR – qui nous donne un cap nord,  lequel, affirme-t-il,  va nous mener en 3 mn sur Salon-Eyguières. (Car, évidemment, on ne se pose pas sur la piste de l’Ecole de l’air. )  Au bout des 3 mn en question,  comme nous sommes toujours paumés, Philippe redemande un cap et il nous est alors confirmé que nous sommes pile verticale LFNE !!! Il ne me reste plus qu’à poser l’avion sur la piste « en herbe »  mais ce ne sont pas les prairies du Limousin : un brin d’herbe de ci de là et le reste en cailloux. (cf. cailloux « anti aériens » de la plaine de la Crau sur internet) On se demande combien de temps durent les hélices dans un tel environnement.

Le temps est splendide et la journée à Salon aussi.

                L’après-midi au décollage pour le retour, le soleil provençal brille toujours mais on voit au cap NO, juste au-delà du Rhône,  une masse de blancs cumulus d’une taille et d’un développement vertical impressionnants. Ils deviendront immédiatement après la vallée du Rhône de sombres cumulonimbus présents jusqu’à Limoges. Je suis alors devenu passager arrière, Paulette ayant décidé sagement de rentrer par le train quelques jours plus tard. Devant moi l’équipage de mes deux commandants de bord impavides qui contournent adroitement pendant plus d’une heure les orages continuels en se faufilant dans la zone un peu moins sombre entre deux CB alors que des pluies battantes résonnent sur le cockpit. Ce n’est pas de la grêle,  m’affirment-ils pour me rassurer,  seulement des gouttes d’eau ! La visibilité n’est pas nulle puisque nous distinguons vaguement le sol au dessous de l’avion…

La portée confortable de LMG nous ramène à bon port et,  arrivés au sud de la Vienne, nous constatons que le cunimb posé sur LFBL en interdit rigoureusement l’accès en VFR. En revanche,  LFBJ est sous un soleil radieux comme de juste ….                                                                                  

            Ce vol initiatique passé, ma pusillanimité naturelle a repris le dessus et j’ai alors décidé de construire ma propre expérience  progressivement en réservant mes voyages aux seules journées largement anticycloniques – 300 km de visibilité minimum –  plus adaptées à ma témérité toute relative,  et   fortement aidé par les continuels progrès des prévisions météorologiques mises à notre disposition.

© Jean-Louis Maisonnet


Sur la photo 1 – Hôtel Tango franchit le Rhône. On voit  sur l’aileron qu’il a été décoré aux couleurs de « Look » ( ou par Piet Mondrian). Ne vous en étonnez pas : à cette époque notre chef pilote et instructeur Jean-Philippe Blondeau (présent en 2016 à mon pot des soi-disant 2000 heures) était directeur commercial de Look à Nevers. Sa connaissance parfaite de l’anglais et de l’espagnol (ancien prof de langues à St-Junien) lui permettait de vendre avec aisance par téléphone ses cale-pieds et fixations de ski aux quatre coins de la planète. Ou de ramener des USA les successifs biturbos  Beechcraft « King Air » de l’entreprise d’avions taxis créée par Henri  Brachet dont il était l’associé.

Photo 2 –  Toussaint 87 : présentation au drapeau de la promotion EA 87 à l’Ecole de l’air. On remarque quelques rares filles derrière : elles ne seront pas encore pilotes de chasse , encore moins leaders de la Patrouille de France mais les temps sont proches.

Photos 3 – soirée de gala lors du baptême de la promotion en juillet 88

Photo 4 : remise de leurs poignards aux futurs guerriers.

 


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